Le Moineau de Huit Heures
La Cascade, Pont du Loup. 8 heures du matin.
J’entends du bruit. Une clarté embrumée se fait jour dans mon esprit endormi. De petits coups réguliers, encore, comme les bulles d’air qui résonnent parfois dans les radiateurs. Mais, je n’ai pas le chauffage central ici. Les trois petits coups reprennent, discrets, insistants, je me lève et vais dans la salle de bain. Ô surprise : quelqu’un m’observe de l’autre côté de la fenêtre : un oiseau, figé sur le rebord des barreaux. Ses yeux vifs étincellent. Trop terne pour un chardonneret, trop petit pour un merle, c’est un passereau. Après quelques secondes il recommence son manège. C’était donc çà ! Des coups de bec sur la vitre ! Quel joli réveil. Nous nous regardons et pffft, il s’envole en un éclair. Mission accomplie. Charmée, je prends un bout de fromage que je coupe en petits carrés et les dépose dehors sur l’appui de fenêtre.
Le lendemain matin, je n’ai pas rêvé mais à nouveau trois petits coups discrets. Il est bien huit heures. Le temps de me précipiter en douceur, l’oiseau a disparu. Les particules de fromage sont intactes. Mais moi, j’ai le moral paré pour la belle journée qui s’annonce. Balayé par les rayons du soleil levant, le cirque montagneux des Courmettes s’embrase et illumine la vallée. Le Loup, en bas du jardin, poursuit sa cascade immuable de rocher en rocher vers la mer, apparemment insensible au changement climatique.
Les jours suivants l’oiseau n’est pas venu toquer à la fenêtre. J’ai failli l’oublier. Mais ce matin, à huit heures pile, à nouveau trois petits coups m’ont réveillée. De la salle de bain, j’ai juste entrevu son envol dans un éclair, sur le chapeau de l’aile. Très pressé, mon gentil missionnaire du précoce printemps ! Où s’échappe-t-il donc ? Réveiller d’autres paresseuses dans mon genre, sûrement. Allons Christine, au boulot !